Dix ans après, une réédition pour quelle actualité ?
2026-01-26
Déjà 10 ans. En 2016, Benjamin Roux publiait mon livre « Le travail du commun » au moment où il créait sa maison d’édition, les Éditions du commun. Ce livre est indissociable de ma participation au séminaire « Du public au commun1 » organisé par Toni Negri et Christian Laval à Jussieu en 2010-11. Dans la foulée, Dardot et Laval sortiront en 2014 leur somme sur le commun. Toni Negri et Michael Hardt avaient sorti en 2009 leur livre Commonwealth (la traduction française paraît en 2012). J’échange avec Toni Negri depuis 1991 et mon intégration à la revue Futur antérieur, qu’il avait créée avec Jean-Marie Vincent, professeur à l’Université Paris 8, mon directeur de thèse2.
Personnellement, je sors mon premier texte sur les questions du commun en 2011, sous le titre « Agir le commun », texte que je développerai l’année suivante, en 2012, et qui deviendra « Agir en commun / agir le commun (Comment configurer et constituer un commun) ».
À partir de décembre 2013, je propose à la lecture « Mon livre Le travail du commun en écriture » sur le blog associé à mon site personnel « blog.le-commun.fr/3 ». Fréquemment, je commence par publiciser mes textes en ligne au fur et à mesure de leur écriture, jusqu’au moment où un ensemble prend forme et m’incite à travailler sur le manuscrit d’un livre.
Parallèlement, Benjamin Roux publie plusieurs de ces textes, à partir de 2015, en format brochure (D’abord sous la signature « Cultivateur de précédents » et ensuite sous la signature « Éditions du commun »). Ce fut le cas des textes « Le commun oppositionnel », « Agir en commun, agir le commun », « Défaire les impuissances à agir, un travail du commun »…
Ces textes (sur le blog et en brochure) constitueront les chapitres du livre.
Aussi étonnant que cela puisse paraître aujourd’hui, les enjeux du commun émergent significativement en France seulement à partir du début des années 2010. J’ai dans ma trajectoire personnelle un repère qui en témoigne. Quand je crée, avec Yves Ours Koskas, en 2008 mon site personnel « le-commun.fr », à aucun moment je n’imagine que la notion de commun, peu d’années plus tard, trouvera un tel écho. Si je l’avais anticipé, je me serais évidemment abstenu de choisir ce nom de domaine pour publiciser mes travaux personnels. J’avais cherché un nom de domaine autour de l’idée d’atelier, chantier, fabrique… pour finir par retenir « le-commun4 », commun pour sa double acception d’ordinaire et de collectif. Je n’y avais pas mis plus d’ambition ou de signification. À cette époque, « commun » était une notion encore relativement « quelconque », une notion de peu.
Donc, 10 plus tard…
La réédition du livre, en ce début 2026, sera l’occasion d’éprouver son contenu dans un nouveau contexte politique, de voir comment ses thèses peuvent être réengagées aujourd’hui dans les mobilisations et les expérimentations et, finalement, de découvrir l’accueil qu’un nouveau lectorat va lui réserver. Je suis impatient d’en vivre la nouvelle actualité.
Au moment où paraît cette réédition en format poche, je publie un ouvrage Une démocratie éprouvée (Expérimentation, micropolitique, commun)5 aux Éditions Grevis. Les deux maisons d’édition se sont amicalement accordées pour une date de sortie commune en librairie, le 20 février 2026. En tant qu’auteur, je vais « travailler » les deux livres ensemble, car ils dialoguent fortement. En effet, les « motifs » discutés dans l’ouvrage signé chez Grevis (micropolitique, contre-pouvoir constituant, interstice, expérimentation, processus…) sont constitutifs de ma conception du « commun » pensée dans les termes justement d’un « travail du commun ». Les deux livres s’imbriquent naturellement l’un dans l’autre, même si chaque titre possède sa cohérence propre et sa spécificité éditoriale.